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 Umschulung, réfractaires et déserteurs alsaciens 1940 -1945
 


La vie d'Hélène Garnier

Reconstitution d’un parcours : Hélène Garnier, épouse Proust (1916 – 1984 )

(cf. aussi la rubrique "Vient de paraître")

 

 

 

Le 15 avril  2014, Mme Marguerite Gassmann reçoit une lettre de Madame Chantal Proust. Celle-ci a eu connaissance, grâce à l’un de ses cousins, de l’article paru dans la presse régionale (Journal « L’Alsace ») le 15 mars précédent.

« J’ai lu avec grand intérêt et émotion l’article que Daniel Morgen a fait sur vous et l’histoire des « Malgré-nous de l’enseignement », dans le journal « L’Alsace » du 16 mars dernier.

[…]

 Ma maman née en 1916, habitait Masevaux et était institutrice à Grentzingen dans le Sundgau en 1940, puis, en 1941, elle est allée à Heidelberg. Elle parlait également de Mannheim, quand nous étions petites, nous y sommes allées. J’ai trouvé une photo où elle est avec ses élèves à Wieblingen en 43, je crois que c’est à Heidelberg. A part qu’elle y a rencontré mon père en 1943 également (STO à Mannheim, je crois), nous ne savons pas grand’ chose de cette période, surtout entre 41 et 43. Ensuite, mes parents ne nous parlaient que de leurs bons moments, avec leurs amis Pierre et Marguerite, présents également et dans les mêmes conditions (Marguerite institutrice et Pierre STO, je crois) »

Madame Gassmann m’ayant communiqué cette lettre, je suis entré directement en communication avec Madame Chantal Proust, qui m’a adressé en suite par courrier électronique les cartes postales et messages soigneusement numérisés et numérotés. C’est à partir de ces documents que j’ai essayé de reconstituer, dans ses grandes lignes, le parcours d’Hélène Garnier, sa mère.

Rendons d’abord à César ce qui est à César et à Luc Marck la paternité de l’article de L’Alsace qui a provoqué ces échanges. Mais, la recherche et la lecture-déchiffrage des cartes postales ont permis d’éclaircir et de révéler d’autres données, à commencer par le lieu d’exercice commun à Hélène Garnier et à son amie Marguerite Heitz : Wieblingen, qui, à l’époque, faisait déjà partie de la ville de Heidelberg.

 

 

                                            1943 : Hélène Garnier et ses élèves à l’école de WIEBLINGEN

  1. 1.      Le parcours d’Hélène entre 1939 et 1946

date

document

événement

 

 

 

Naissance d’Hélène 26 avril 1916 à Masevaux.

 

entre 1930 et 1933

Témoignage

Chantal Proust

Cours complémentaire à Masevaux et obtention du Brevet élémentaire

 

juillet 1933

archives privées de Chantal Proust (C.P.)

Brevet élémentaire, valant Brevet de capacité pour l’enseignement primaire

entre 1935 et 1938

cartes à sa famille

(archives C.P)

Hélène Garnier exerce à l’Institution Sainte-Marie de Paray-le-Monial (Saône et Loire), dans une école privée catholique.

Sur une des deux cartes expédiées par Hélène à ses parents, elle semble attendre une lettre et espère que le long voyage jusqu’à Paray sera le dernier.

(Sa mère est très malade. Elle décèdera en 1940).

 

 

 

(archives C.P).

Attestation du directeur diocésain, Bernard Lambey

attestation d’exercice délivrée à Hélène Garnier pour la période du 1.10.1935 au 30.06.1939 comme institutrice dans les classes de cours élémentaire à l’Institution Jeanne d’Arc de Paray-le-Monial

(attestation datée du 5 mars 1962 et adressée à Hélène Proust née Garnier

1939-1940

photo de classe (sous la neige)

(archives C.P.)

Hélène Garnier enseigne à l’école de Grentzingen (Haut-Rhin), entre Hirsingue et Waldighoffen dans la haute vallée de l’Ill.

1940- avril 1941

carte postale du 20.7.1941

 

(archives C.P.)

Hélène enseigne à Grentzingen d’octobre 1940 jusqu’à sa convocation à la Umschulung.

 

Une carte de son successeur à Grentzingen Karl FRIEDRICH  atteste qu’Hélène a connu le nouveau directeur nommé par la Abteilung Erziehung, Unterricht und Volksbildung de la Zivilverwaltung à Strasbourg. «Ich weiß [schreibt er ihr]  dass unser kollegialen Grenzinger Verhältnis Schule gemacht hat und dass Sie in Freiburg dieselbe Kollegialität in vermehrtem Maße gefunden haben.

21 avril au 2 mai 1941

carte postale postée d’Appenweier (Bade)

ibid.

Hélène est en route vers Bad Peterstal (vallée de la Rench, au-delà d’Oberkirch) : elle attend la correspondance à Appenweier.

4 avril 1941

archives C.P.

L’administration civile allemande intègre Hélène Garnier comme institutrice en surnombre, non titulaire au traitement net de 182 RM. Avec quelques variations, ce traitement ne variera guère.

sans doute à partir du  5 mai au 19 juillet 1941

carte du 29.04 expédiée de Bad Peterstal et

carte du 8 mai 1941 expédiée de Freiburg

(ibid.)

stage de Umschulung (reconversion pédagogique et de rééducation idéologique) à Freiburg-im-Breisgau.

 

Le stage de Umschulung commence à Freiburg le lundi 5 mai.

Toutes les cartes après celle du 8 mai sont postées à Freiburg.

 

 

8.06.1941

échanges de courrier entre les Bürgermeister de Masevaux et de Grentzingen

l’administration nazie veut l’obliger à changer son nom en un nom allemand. H. Garnier propose le nom de sa mère, Ringenbach, mais sans donner son accord définitif à ce changement, qui, en fin de compte, ne se fera pas.

fin août 1941

carte du 31.08 postée à Heidelberg

 

 

Hélène n’est pas autorisée à rentrer en Alsace. La carte de son collègue allemand, sans doute directeur à Grentzingen, évoquait le retour à Grentzingen sans y croire vraiment ‘(« Kommen Sie noch hierher? Am 10.3 machen wir wieder Ferien. Heil Hitler!»).

Elle est affectée à l’école de Wieblingen et y restera jusqu’en 1945.

 

L’inspecteur n’autorise pas facilement les petits congés pour permettre aux Alsaciens et Alsaciennes de faire le plus ou moins long voyage vers leur famille.

 

Une institutrice badoise de Freiburg, Frau Knoepfle, la remplace à Grentzingen

 

À Heidelberg, Hélène a pris pension chez Frau Bossert, Bergheimerstrasse 117. (rue de Bergheim).

 

 

 

L’administration allemande a reconnu le Brevet élémentaire comme équivalant à Erste Prüfung für das Lehramt an Volksschulen. Hélène Garnier n’a pas à passer les épreuves théoriques. Mais elle fait partie des instituteurs et institutrices alsaciennes qui devront se présenter à la deuxième partie de ce Certificat d’aptitude, à savoir une épreuve de pratique professionnelle ( voir : juin 1943 Zweite Lehramtsprüfung) (A.P. Chantal Proust)

 

 

Photos de classe 1943

 

 

carte du 15.09.1943

(ibid)

Hélène enseigne à l’école de Wieblingen, que les deux photos permettent de reconnaître sans doute aucun, en même temps que Marguerite Heitz. Elle a 32 élèves, Marguerite en a 30. Un historien local, Herr Petschan, identifie les lieux et 24 anciennes élèves sur 30.

 

En septembre 1943, le nombre d’élèves augmente et passe à  50.

1941-1944

 

échange de messages et rencontres fréquentes d’un cercle d’amies et de collègues, toutes expatriées : Marie Charpentier, de Colroy la Roche, Marie Fischer, Alphonsine Keiflin (Sausheim), Odile Schwarzentruber, de Pulversheim, Madeleine Stoessel, de Dambach ou de Carspach,  Irène Wiedemann (à Wihr-au-Val après la guerre)

7 -24 avril 1942

cartes du 11 et du 15 avril 1942

(ibid)

premier stage à la Gauschule de Gaienhofen, animé par la Ligue des enseignants nationaux-socialistes (NSLB).

 

carte du 19.04.1943, expédiée de Horn (Gaienhofen)

(ibid.)

deuxième stage à la Gauschule de Gaienhofen (lac de Constance). Ce stage est un stage politique et idéologique. Il dure en général 3 semaines.

9 juin 1943

archives C.P.

Zeugnis über die Zweite Prüfung für das Lehramt an Volkschulen

Certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles primaires, deuxième partie (épreuves pratiques) : Heidelberg, 9 juin 1943

1er juillet 1943

archives C.P.

Convocation à un Einsatz, un service de travail, pour les moissons.

mai 1945

photos prises à Kirchheim (Heidelberg) Faulquemont,

carte de Loudun, 15 mai 1945 (Pierre)

 

Hélène et Marguerite rentrent en France avec Marcel Proust et Pierre Dechartres, tous deux contraints à travailler au Service du travail obligatoire (STO), qu’elles ont rencontrés  à Heidelberg en 1943 ou en 1944. Marcel Proust est employé aux Pépînières HUBEN de Ladenburg, à une quinzaine de kilomètres de Heidelberg.

1945 et 1946

(Chantal Proust)

Écoles de Grentzingen et de Niederbruck

 

mariage avec Marcel Proust en février 1946, qu’elle a rencontré en Bade (Heidelberg) en 1943 ou en 1944.

 

Les jeunes époux quittent l’Alsace, rejoignent Orléans et vont travailler dans les pépinières du père de Marcel à Orléans.

 

Hélène n’a repris l’enseignement qu’en 1958, dans les écoles catholiques privées du Loiret.

 

 11-10-2014

 

© Daniel Morgen, Colmar 2014

 


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